Un Ajax et deux Timothée (P. Berol. n° 6870)

TitleUn Ajax et deux Timothée (P. Berol. n° 6870)
Publication TypeJournal Article
Year of Publication1998
AuthorsBélis, A
Ancient AuthorsTimotheus Lyr. (TLG 0376)
JournalRevue des Études Grecques
Volume111
Issue1
Pagination74-100
Abstract

Rédigé par un musicien anonyme vers 160 ap. J.-C, le papyrus de Berlin inv. n° 6870vo porte 24 lignes de musique. Selon les meilleurs spécialistes, elles pourraient correspondre à quatre ou à cinq partitions différentes, les unes vocales, les autres, instrumentales, mais dont le (ou les) auteur(s) reste(nt) inconnu(s) de nous. On a proposé de voir dans le lamento de Tecmessa qui occupe les lignes 16 à 19 (en y adjoignant éventuellement la ligne 23), un extrait d'une tragédie perdue, qui serait ou bien l'Hoplon krisis d'Eschyle, ou bien encore l'Ajax de Sophocle. L'analyse musicologique du passage, centrée sur la mise en musique du texte poétique, montre qu'il ne peut s'agir ni d'un fragment d'époque « classique » ni d'un morceau tiré d'une tragédie. L'échelle irrégulière, l'étirement des syllabes, l'audace mélodique militent en faveur d'une œuvre du IVe s. av. J.-C., et plus précisément d'un dithyrambe. Un paragraphe de l'Harmonidès de Lucien, au prix une correction minime, permet d'en établir l'intitulé originel, d'en identifier l'auteur et de déterminer la date et les circonstances dans lesquelles ce dithyrambe a été créé. Il s'agit de l'Ajax furieux de Timothée de Milet, compositeur novateur s'il en fut, qui l'écrivit dans son grand âge pour l'aulète Timothée de Thèbes. Interprété par le chœur d'enfants de la tribu Pandionis, ce dithyrambe remporta le prix aux Grandes Dionysies vers 360 av. J.-C. : ce fut la première victoire importante de Timothée de Thèbes, dont la carrière est par ailleurs bien datée (entre 354 et 324 av. J.-C). Dans ces conditions, les lignes 20 à 22 du papyrus de Berlin, que l'on considérait jusqu'alors comme une pièce instrumentale distincte de la Plainte de Tecmessa, en font pleinement partie : il s'agit là justement de l'un de ces intermèdes instrumentaux propres au nouveau dithyrambe, qui est un commentaire musical du texte poétique qui précède. C'est donc le premier fragment, non seulement vocal, mais aussi instrumental, que l'on puisse attribuer à Timothée de Milet, le musicien le plus novateur qu'ait connu l'Antiquité.

Written by an anonymous musician around 160 A.D., the Berlin Papyrus (inv. 6870vo) comprises 24 lines of music. According to the best specialists, they could correspond to 4 or 5 different musical scores, some of them vocal, the others instrumental, but whose authors remain unknown to us. Tecmessa's lament (occupying the lines 16 to 19, plus occasionally line 23) has been presented as a possible extract of a lost tragedy that could well be either Aeschylus's Hoplon krisis or Sophocles's Aias. The musical analysis of the passage, centered on the setting to music of the poetic text, shows that it can neither be a fragment of the Classic age nor a piece taken from a tragedy. Its irregular scale, the lenghtening of the syllables and its melodic boldness militate in favour of a 4 th century B.C. work, and more precisely, a dithyramb. A paragraph of the Harmonides by Lucian (at the cost of a minute correction) enables us to establish its original title, to identify the author and to determine its date and also the circumstances in which the dithyramb had been created. Thye work in question is the Ajax Mad by Timotheus of Miletus, a daring composer — if any— who wrote it when he was a very old man for the young aulos-player Timotheus of Thebes. Interpreted by a choir of children belonging to the Pandionis tribe, the dithyramb won the prize at the Greater Dionysia around 360 B.C. This was Timotheus's first major victory, in a career which took place, as we know otherwise, between 354 and 324 B.C. In such conditions, the lines 20 to 22 of the Berlin papyrus, wich were till now considered as an instrumental piece, distinct from Tecmessa's lament, are fully part of it. This is precisely one of the instrumental interludes characteristic of the new dithyramb, which is a musical commentary of the preceding poetic text. This is, consequently, the first fragment, — not only vocal but also instrumental, than can be attributed to Timotheus of Miletus, the most innovating musician of Antiquity. [http://www.jstor.org/stable/44261539]

URLhttp://www.jstor.org/stable/44261539

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